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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 16:09

Le contexte :

Elle n'est pas laide, elle est riche, et très convoitée... elle a passé sa jeunesse à refuser les hommes les uns après les autres...

À plus de 40 ans elle a encore 3 prétendants dont un jeune homme de 24 ans qui l'adore !

Une fille difficile à marier... par Honoré de Balzac !

Le texte :

Ne se rencontrait-il pas quelque chose de bizarre dans ces trois rivalités silencieusement pressées autour d’une vieille fille qui ne les devinait pas malgré un effroyable et légitime désir de se marier ?

Mais quoique toutes ces circonstances rendent le célibat de cette fille une chose extraordinaire, il n’est pas difficile d’expliquer comment et pourquoi, malgré sa fortune et ses trois amoureux, elle était encore à marier.

D’abord, selon la jurisprudence de sa maison, mademoiselle Cormon avait toujours eu le désir d’épouser un gentilhomme ; mais, de 1789 à 1799, les circonstances furent très-défavorables à ses prétentions.

Si elle voulait être femme de condition, elle avait une horrible peur du tribunal révolutionnaire. Ces deux sentiments, égaux en force, la rendirent stationnaire par une loi, vraie en esthétique aussi bien qu’en statique.

Cet état d’incertitude plaît d’ailleurs aux filles tant qu’elles se croient jeunes et en droit de choisir un mari. La France sait que le système politique suivi par Napoléon eut pour résultat de faire beaucoup de veuves. Sous ce règne, les héritières furent dans un nombre très-disproportionné avec celui des garçons à marier.

Quand le Consulat ramena l’ordre intérieur, les difficultés extérieures rendirent le mariage de mademoiselle Cormon tout aussi difficile à conclure que par le passé. Si, d’une part, Rose-Marie-Victoire se refusait à épouser un vieillard ; de l’autre, la crainte du ridicule et les circonstances lui interdisaient d’épouser un très-jeune homme : or, les familles mariaient de fort bonne heure leurs enfants afin de les soustraire aux envahissements de la conscription. Enfin, par entêtement de propriétaire, elle n’aurait pas non plus épousé un soldat ; car elle ne prenait pas un homme pour le rendre à l’Empereur, elle voulait le garder pour elle seule. De 1804 à 1815, il lui fut donc impossible de lutter avec les jeunes filles qui se disputaient les partis convenables, raréfiés par le canon.

Outre sa prédilection pour la noblesse, mademoiselle Cormon eut la manie très-excusable de vouloir être aimée pour elle. Vous ne sauriez croire jusqu’où l’avait menée ce désir. Elle avait employé son esprit à tendre mille piéges à ses adorateurs afin d’éprouver leurs sentiments.

Ses chausses-trappes furent si bien tendues que les infortunés s’y prirent tous, et succombèrent dans les épreuves baroques qu’elle leur imposait à leur issu. Mademoiselle Cormon ne les étudiait pas, elle les espionnait. Un mot dit à la légère, une plaisanterie que souvent elle comprenait mal, suffisait pour lui faire rejeter ces postulants comme indignes : celui-ci n’avait ni cœur ni délicatesse, celui-là mentait et n’était pas chrétien ; l’un voulait raser ses futaies et battre monnaie sous le poêle du mariage, l’autre n’était pas de caractère à la rendre heureuse ; là, elle devinait quelque goutte héréditaire ; ici, des antécédents immoraux l’effrayaient ; comme l’Église, elle exigeait un beau prêtre pour ses autels ; puis, elle voulait être épousée pour sa fausse laideur et ses prétendus défauts, comme les autres femmes veulent l’être pour les qualités qu’elles n’ont pas et pour d’hypothétiques beautés.

L’ambition de mademoiselle Cormon prenait sa source dans les sentiments les plus délicats de la femme ; elle comptait régaler son amant en lui démasquant mille vertus après le mariage, comme d’autres femmes découvrent les mille imperfections qu’elles ont soigneusement voilées ; mais elle fut mal comprise : la noble fille ne rencontra que des âmes vulgaires où régnait le calcul des intérêts positifs, et qui n’entendaient rien aux beaux calculs du sentiment. Plus elle s’avança vers cette fatale époque si ingénieusement nommée la seconde jeunesse, plus sa défiance augmenta....

La vieille fille, Honoré de Balzac, 1836.

Cette œuvre est dédiée au beau-frère de Balzac, ingénieur du corps royal des ponts et chaussées, Eugène Midy de la Greneraye Surville. Cependant, Balzac a offert le manuscrit de ce roman à la comtesse Guidoboni-Visconti en 1844.

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Lapin37 30/08/2016 11:43

Bonjour tous, L Hatem, peu présente mais j'essaye de suivre ;-))) il faudra que je relise ce livre certes moins connu.
40 ans ! en effet c'est une vieille fille pour l'époque, je reprends ce que j'écrivais sur le Post pour Ste Catherine :
"Ah ! sa coiffe ! cette coiffe entretenue avec grande dévotion chaque année le 25 novembre depuis le Moyen Age par les jeunes filles célibataires : à 25 ans elles piquaient une épingle dans la coiffe (en souhaitant peut-être un mari) , à 30 ans , deuxième épingle , à 35 ans la dernière épingle terminait la coiffe et indiquait sans doute l'adieu au mariage : une fille de 35 ans n'était plus "épousable" !"
J'ajoute une note tirée de Guerre et Paix, c'est au début de XIX° siècle, une jeune fille de 28 ans "continue" d'aller au bal et de s'amuser ... à son âge c'est déplacé totalement !
Les femmes vieillissaient vite, célibataires aigries ou mères épuisées !
rosemar nous écrit "plus on vieillit, plus on devient difficile", je ne suis pas convaincue, même La Grande Mademoiselle, duchesse de Montpensier, dauphine d'Auvergne, comtesse d'Eu et de Mortain et princesse de Joinville et de Dombes, la cousine germaine de Louis XIV, épousa à 44 ans ! Lauzun, un gentilhomme cadet de Gascogne, bellâtre et volage, de six ans plus jeune, elle voulait le roi elle s'est contentée d'un escroc ;-)))
Bonne journée, bises/santé à tous proches et lointains.

Nos Pistes Cyclables 31/08/2016 06:26

Merci Lapine pour ces faits historiques... et de ton passage.
Bises

rosemar 24/08/2016 21:50

Une autre époque tout de même : désormais, une femme peut s'épanouir, en dehors du mariage, être indépendante et trouver, malgré tout, l'amour, sans passer par le mariage.

"Plus elle s’avança vers cette fatale époque si ingénieusement nommée la seconde jeunesse, plus sa défiance augmenta...." avec cette phrase, on rejoint une forme d'universalité : plus on vieillit, plus on devient difficile...

Bises, LH

Nos Pistes Cyclables 24/08/2016 22:01

S'épanouir hors du mariage... tu l'as dit !
Bises rosemar

fatizo 24/08/2016 20:11

Elle ne veut pas celui-ci ou encore celui-là , ou encore de cet autre.
Elle veut qu'on l'aime pour telle qualité. De son coté elle cherche un homme qui correspond à son idéal .
L'autre fabriqué sur mesure n'existe pas encore.
Bonne soirée l'ami.

Nos Pistes Cyclables 24/08/2016 20:56

Ce sera pour bientôt les conjoints fabriqués sur mesure... mdr !

ALEA JACTA EST 24/08/2016 19:41

Balzac décrit avec beaucoup de talent les mentalités de son époque.Mais j' avoue que j' aurais un peu de mal à me plonger dans les affres de cette pauvre jeune fille riche qui semble finalement passer à côté de l' amour et de la vie en s' inventant et en recherchant un absolu qui n'existe que dans son esprit...

Nos Pistes Cyclables 24/08/2016 19:44

L'éternelle histoire du prince charmant... mais on finit par s'attacher à elle et de chercher avec elle...
:-)

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