Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Nos Pistes Cyclables
  • Nos Pistes Cyclables
  • : A bas les éclats de verre sur les Pistes Cyclables !
  • Contact

Ce Blog

humour-blog

13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 20:45

Le contexte :

Guy de Maupassant prend la route de Tunis vers Kairouan, et s'étonne de voir tous ces petits ponts écroulés emportés par les eaux en temps de pluie, qui ne tiennent pas une saison... construits par les français bien sûr... et qu'il faut vite reconstruire !

Où l'on compare l'architecture française... et arabe !

Le texte :

Nous déjeunons en ce lieu [Gorombalia], puis nous repartons.

 

Partout, au loin, avec la lunette-jumelle, on aperçoit des ruines romaines. D’abord Vico Aureliano, puis Siago, plus important, où restent des constructions byzantines et arabes.

 

Mais voilà que la belle route, la principale artère de la Tunisie, n’est plus qu’une ornière affreuse. Partout l’eau des pluies l’a trouée, minée, dévorée. Tantôt les ponts écroulés ne montrent plus qu’une masse de pierres dans un ravin, tantôt ils demeurent intacts, tandis que l’eau, les dédaignant, s’est frayé ailleurs une voie, ouvrant à travers le talus des ponts et chaussées des tranchées larges de cinquante mètres.

 

Pourquoi donc ces dégâts, ces ruines ? Un enfant, du premier coup d’oeil, le saurait. Tous les ponceaux, trop étroits d’ailleurs, sont au-dessous du niveau des eaux dès qu’arrivent les pluies. Les uns donc, recouverts par le torrent, obstrués par les branches qu’il traîne, sont renversés, tandis que le courant capricieux refusant de se canaliser sous les suivants, qui ne sont point sur son cours ordinaire, reprend le chemin des autres années, en dépit des ingénieurs.

 

Cette route de Tunis à Kairouan est stupéfiante à voir. Loin d’aider au passage des gens et des voitures, elle le rend impossible, crée des dangers sans nombre. On a détruit le vieux chemin arabe qui était bon, et on l’a remplacé par une série de fondrières, d’arches démolies, d’ornières et de trous. Tout est à refaire avant d’avoir fini. On recommence à chaque pluie les travaux, sans vouloir avouer, sans consentir à comprendre qu’il faudra toujours recommencer ce chapelet de ponts croulants.

 

Celui d’Enfidaville a été reconstruit deux fois. Il vient encore d’être emporté. Celui d’Oued-el-Hammam est détruit pour la quatrième fois. Ce sont des ponts nageurs, des ponts plongeurs, des ponts culbuteurs.

 

Seuls les vieux ponts arabes résistent à tout.

 

On commence par se fâcher, car la voiture doit descendre en des ravins presque infranchissables où dix fois par heure on croit verser, puis on finit par en rire comme d’une incroyable cocasserie.

 

Pour éviter ces ponts redoutables, il faut faire d’immenses détours, aller au nord, revenir au sud, tourner à l’est, repasser à l’ouest. Les pauvres indigènes ont dû, à coups de pioche, à coups de hache, à coups de serpe, se frayer un passage nouveau à travers le maquis de chênes verts, de thuyas, de lentisques, de bruyères et de pins d’Alep, l’ancien passage étant détruit par nous [les français].

Guy de Maupassant, La vie errante, chapitre "Vers Kairouan", 1890.

Partager cet article

Repost 0
Nos Pistes Cyclables
commenter cet article

commentaires

rosemar 14/02/2017 18:30

Décidément, je vois que La Vie errante de Maupassant t'inspire ! Les romains étaient des spécialistes des ponts : ils en ont construit un peu partout autour de la Méditerranée et ils sont encore solides !

http://rosemar.over-blog.com/article-un-pont-en-provence-124580033.html

Bises, LH

L. HATEM 14/02/2017 19:57

J'ai relu ton article sur le pont et mon commentaire, merci pour le lien...
Sinon, ce dimanche j'ai été à Beaugency son pont à arcades sur la Loire est immense !
bises rosemar

ALEA JACTA EST 13/02/2017 23:28

Ce passage de Maupassant illustre ce qui arrive quand des ingénieurs viennent de l' étranger faire des projets sans tenir compte des connaissances des habitants du coin qui savent jusqu' où peuvent arriver les flots provoqués par les pluies torrentielles.
En Espagne, on a vu des promoteurs construire dans les années 70 des lotissements dans des endroits où les gens du cru savaient parfaitement que tous les dix ou quinze ans, il pouvait se produire de grandes inondations...Les gens du coin n' achetaient pas de villas dans ces endroits et c' était surtout les touristes qui étaient les victimes.
Bonne soirée l' ami

L. HATEM 14/02/2017 19:58

Je me suis toujours dit que les promoteurs, architectes, ingénieurs et autorités municipales qui les autorisent à construire en zones inondables, méritent la prison !

fatizo 13/02/2017 21:53

Déjà à l'époque nous étions incapable de construire quelque chose qui tienne la route (c'est le cas de le dire) .
Serions nous moins performants que les africains qui ont construit les pyramides il y a plusieurs milliers d'années?
Bonne soirée l'ami.

L. Hatem 13/02/2017 21:57

Pourtant les anciens en Europe ont construit châteaux, cathédrales et ponts merveilleux...

Flag Counter