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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 13:00

Cet entretien se déroule à bord d'un bateau... une tartane...

 

Le capitaine de l'une des deux tartanes, un excommunié, nommé El Gitano, se trouve à table avec un jeune ami qui commandait la seconde tartane, détruite par les garde-côtes... ils mangent et ils boivent...

 

(LH est perdu entre toutes ces dénominations de bateaux... Tartane, Goélette, Brick, Lougre, corvette, etc...)

 

tartane.jpg

 

Au centre, et proche du divan, s’élevait une table servie avec une recherche et un goût exquis ; mais, au lieu d’être soutenue par des pieds, quatre légères chaînes de bronze la suspendaient au plancher, dans la crainte du mouvement du tangage et du roulis.

 

Le tintilla de Rota, le xérès et le pacarète étincelaient dans de précieux flacons de cristal dont les mille facettes réfléchissaient une lumière changeante et colorée comme les nuances du prisme, tandis que les raisins de San-Lucar, aux grains violets et veloutés, les figues noires de Medina, les grenades de Séville, que le soleil avait fendues, et les oranges longues d’Altrava, s’élevaient en pyramides élégantes dans des corbeilles tressées d’un léger filigrane de vermeil, telles qu’on en voit à Smyrne ; puis le linge éclatant de blancheur était, selon la mode orientale, traversé en tous sens par de brillants dessins brochés d’or et de soie.

 

Seulement de simples bouteilles d’un verre brun, au col long et étroit, au bouchon goudronné et fixé par des liens de fer, des bouteilles enfin qui sentaient la France et le champagne d’une lieue, contrastaient singulièrement avec le luxe et l’appareil tout asiatique qui régnaient dans cette pièce.

 

Et c’était bien du champagne, car deux coupes coniques et cylindriques, qui se dressaient sur leur large pied de cristal, venaient d’être glorieusement remplies, et la liqueur rosée qui pétillait, scintillait, éleva bientôt sa mousse frémissante bien au-dessus des bords du verre.

 

– Attention, commandant, la marée monte !

Ainsi disait le jeune homme imberbe qui commandait cette tartane sosie, poursuivie avec tant d’acharnement et de malheur par les deux lougres garde-côtes, pendant que le damné débarquait la contrebande du couvent de San-Juan au pied des rochers de la Torre…

...

 

– Commandant, la marée baisse, et si vous n’y prenez garde, elle sera tout à fait basse dans une minute, répéta l’enfant, et d’un trait il huma ce qu’il appelait la marée, de façon que son verre fût à sec.

 

Que j’aime ce vin de France ! Car notre xérès et notre malaga, avec leur couleur d’un jaune sombre, me semblent aussi tristes qu’un cantique chanté par une duègne ; tandis que la teinte riante et rosée de ce champagne me ravit d’aise. Vrai Dieu ! c’est comme si j’entendais la Juana fredonner sur ma guitare un vif et fringant boléro. Ma foi, vive le vin de France, reprit-il en abaissant si joyeusement son verre sur la table qu’il le brisa. Ce bruit tira l’autre convive de sa rêverie, c’était le Gitano.

 

– La France ! Fasillo, sur ma parole, c’est un digne pays !

– Pays de l’hospitalité, dit Fasillo en absorbant un second verre de champagne.

Le Gitano regarda, se pencha en arrière sur les coussins du divan, et partit d’un éclat de rire.

– Et de la liberté, continua Fasillo avec le même geste.

Ici les éclats de rire du Gitano furent si violents qu’ils retentirent au-dessus du bruit de la tempête qui mugissait au-dehors, et ils redoublèrent même à la grande confusion du pauvre Fasillo, qui le regardait d’un air mécontent et étonné.

 

Le Gitano s’en aperçut.

– Pardon, Fasillo, pardon, mon enfant ; mais ta naïve admiration pour ce doux pays de France, comme on dit, m’a rappelé tant de choses !…

Après un moment de silence, le Gitano passa rapidement sa main sur son front, comme pour chasser une idée pénible, et dit en souriant :

– Maintenant que nous ne pouvons plus faire la contrebande, et que notre escadre est réduite de moitié, où irons-nous, Fasillo ?

– En Italie, commandant ! Comme ici, le soleil est chaud, le ciel bleu, les arbres verts ; comme ici, les femmes brunes chantent sur la guitare et s’agenouillent devant la Madone ! Sans compter que plus d’une anse de la côte de Sicile offrirait un bon et sûr ancrage à votre tartane. Allons ! le cap sur l’Italie, commandant...

 

Eugène Sue, El Gitano, 1830.

 

El-Gitano-Eugene-Sue.jpg

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commentaires

alea-jacta-est 08/11/2014 21:12


Bon moi je suis en train de le lire le GONE GIRL...j' en suis à la page 135 sur les 500 que comportent mon édition...alors surtout continuez de ne rien dire et de ne rien dévoiler....


Bonne fin de soirée

L. HATEM 08/11/2014 21:37



Tu nous fera alors un article une fois le livre fini et le film vu... pour comparaison...


Tu seras un mari exemplaire, désormais ! :o))



Fatizo2 08/11/2014 20:42


Je n'avais lu que le début de l'article. J'étais déjà prêt à sortir pour vous rejoindre, mais s'il faut voyager dans le temps, et se retrouver en 1860 au milieu des ocans, ce ne sera pas pour ce
soir. D'autant plus que j'ai déjà voyagé dans les étoiles aujourd'hui avec Interstellar". Et j'ai très moyennement apprécié le voyage, il est beaucoup trop long  après un début pourtant
prometteur.


Je reste sur "Gone Girl" pour le film de l'année.


Bonne soirée l'ami.

L. HATEM 08/11/2014 21:05



Bon, pour te faire plaisir, je viens de sortir de Gone Girl... Epoustoufflant ! Mais je ne le verrai pas deux fois comme toi !


Bon We l'ami



alea-jacta-est 08/11/2014 20:38


Bel extrait L' Hatem


Ces histoires de contrebande, ça ne date pas d' hier..et aujourd' hui ça continue encore, et encore.


Juste ajouter que ça devient difficile d ' être excommunié.Si quelqu' un ne veut plus être chrétien il ne peut se débaptiser, ni demander simplement à ce que son nom soit retiré des registres de
l' Eglise...c' est une procédure longue et compliquée car l' Eglise ne veut pas se défaire si facilement du nombre important de fidèles qu' elle peut afficher.Pour les autorités écclésiastiques
 le baptême c' est comme notre ADN...on ne peut pas l' effacer.


Comme ça, ça simplifie le problème et tout le monde reste chrétien....


Bonne fin de soirée l' ami

L. HATEM 08/11/2014 20:47



Ravi que ça t'ait plu...


Si tu le lis tu verras que El Gitano était italien, puis il a vécu en Egypte, en France et en Espagne...


Bon WE l'ami



rosemar 08/11/2014 18:43


Bel extrait ! Les noms des bateaux, des vins, c'est déjà tout un exotisme et une invitation au voyage ! Quant au Champagne, on se laisse, aussi, facilement tenter : j'avais écrit un
article sur le sujet :


http://0z.fr/9Vgjd


 


Bises de l'automne

L. HATEM 08/11/2014 20:43



Je viens de relire ton article du 31/12/2012... bientôt deux ans...


Bises Rosemar !



marie-cerise 08/11/2014 18:20


Je ne connais pas ce livre mais son titre m'évoque tout de suite el viejo gitano Manitas qui vient de ranger définitivement sa guitare .....je l'entends tout en lisant ce texte !


   Bon week-end ! Bises


 

L. HATEM 08/11/2014 20:38



Manitas de plata... Tu l'aimais bien alos...


Bises MC



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