Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Nos Pistes Cyclables
  • Nos Pistes Cyclables
  • : A bas les éclats de verre sur les Pistes Cyclables !
  • Contact

Ce Blog

humour-blog

22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 19:30

Aujourd'hui nous allons expliquer à nos amis ex-posteurs la signification de ce verbe étrange : Loyoliser...

 

"Maintenant, beau-frère Christian, que dites-vous du galant ? Jugez, d’après cette soirée, du nombre de belles que le capitaine Loyola a loyolisées !…"

 

Saint Ignace de Loyola, le capitaine, avant d'avoir créé l'organisation des Jésuites, la fameuse Compagnie de Jésus, était un homme à femmes !

 

Voici l'histoire où ce verbe est employé :

 

– Donc, c’était en 1521, pendant le siège de Pampelune, – reprit l’aventurier ; – j’avais quinze ans, et, récemment enrôlé parmi les francs-taupins, je creusais avec eux une tranchée aux abords de la place, fouillant la terre en vraies taupes. Les Espagnols font une sortie pour détruire nos ouvrages ; aux premières arquebusades, mes compagnons se jettent à plat ventre, le nez dans leur trou ; leur couardise me révolte, je m’arme de ma pioche, je me jette dans la mêlée, piochant à tour de bras sur les Espagnols. Un coup de masse d’arme m’assomme à demi, je tombe ; en revenant à moi, je me trouve sur le champ de bataille, parmi plusieurs des nôtres prisonniers comme je l’étais. Une compagnie d’arquebusiers espagnols nous entourait ; son capitaine, la visière de son casque relevée, monté sur un cheval maurisque noir comme l’ébène, houssé de velours rouge brodé d’argent, essuyait sa longue épée sanglante sur la crinière de sa bête. Ce capitaine était don [Ignace de] Loyola ; ... il se mit à rire, me disant en français : « – Veux-tu être mon page ? 

...

– Ventre saint Quenet ! je lui ai connu jusqu’à trois maîtresses à la fois : une gentille marchande, une fière marquise, et une endiablée gitana, la plus belle fille de Bohème qui ait jamais fait bourdonner un tambour de basque. Mais le capitaine Loyola, vrai franc-taupin d’amour, galantisait à tranchées couvertes ; il cherchait le mystère… « Ce qui est ignoré n’existe pas, » me disait souvent le vieux majordome, écho de son maître.

...

– Tenez, beau-frère, – reprit Joséphin, – écoutez le récit de la première soirée où j’ai servi de page à don Ignace ; vous connaîtrez ce paillard ! Une trêve de quinze jours fut convenue entre Français et Espagnols à la suite de la sortie où l’on m’avait fait prisonnier ; le capitaine Loyola, en homme avisé, voulut mettre la trêve à profit pour ses amours. Vers minuit il me mande près de lui. Diavol ! s’il était martial sous son armure de bataille, qu’il était fringant sous son habit de cour ! Pourpoint tailladé en velours vert brodé d’or, chausses bouffantes de satin blanc, souliers à barbes d’écrevisse, toque à plumes, chaînes d’or et de pierreries pendant à son cou !… que dirai-je ? il rayonnait, resplendissait ! et, de plus, flairait comme baume ! un vrai rat musqué ! Il me donne à porter une échelle de soie et une guitare, prend son poignard, son épée, s’enveloppe d’un manteau de taffetas couleur de muraille, s’encape jusqu’aux yeux ; le vieux majordome nous ouvre une porte dérobée, nous quittons la maison, et après la traversée de quelques rues étroites, nous arrivons à une petite place déserte. Mon maître se glisse sous un balcon fermé de jalousies, me demande sa guitare, et le capitaine Loyola de roucouler sa romance ; au gazouillement de ce rossignol moustachu, l’une des jalousies du balcon se soulève, il en tombe un bouquet de fleurs de grenadiers ; don Ignace le ramasse, prend un billet caché dans les fleurs, et me donne le bouquet à garder, ainsi que sa guitare. Je croyais notre soirée finie ; ventre saint-Quenet ! elle commençait ! don Ignace se mettait en paillardise par cette guitarade,...

...

– Donc, le capitaine Loyola, après sa guitarade, poursuit sa course nocturne dans les rues de Pampelune ; nous arrivons en face d’un logis de grande apparence ; mon maître s’arrête sous un balcon situé assez loin de la porte d’entrée, me donne sa guitare, sa longue épée, ne garde pour arme que son poignard, se débarrasse de son manteau et me dit : « – Tu tiendras l’extrémité de l’échelle pendant que j’escaladerai le balcon ; puis tu te mettras au guet, non loin de la porte de cette maison. Si quelqu’un entre céans, accours vite sous cette fenêtre et frappe deux fois dans tes mains, j’entendrai ton signal. »

 

– Ceci convenu, don Ignace frappe, lui, trois fois dans ses mains ; aussitôt je vois, à travers l’ombre de la nuit, une forme blanche se pencher sur l’appui de la balustrade et nous lancer un cordon ; mon maître y attache son échelle, la forme blanche la remonte, l’assujettit au balcon, je la tiens ferme par son dernier échelon, et le capitaine Loyola de grimper à la paillardise, leste, chafriolant comme un matou courant les gouttières ; moi, non moins piteux que le chien du tournebroche manivellant le rôti que du coin de l’œil il guigne sans en prendre sa part, je m’embusque près de la porte. Diavol ! au bout de peu d’instants, qu’est-ce que j’aperçois ? Plusieurs seigneurs éclairés par des laquais tenant des flambeaux et débouchant dans la rue. L’un d’eux vient droit à la porte où je guettais et entre dans le logis où chafriolait mon maître ; obéissant à ma consigne, mais oubliant que la lueur des flambeaux me trahissait, je cours vers le balcon, je frappe deux coups dans ma main…

 

Ventre saint Quenet ! j’avais été vu… Deux laquais me saisissent au moment où le capitaine Loyola, averti par mon signal, enjambait la balustrade pour redescendre dans la rue ; mais il est reconnu à la clarté des torches. « – C’est lui !… le voilà !… » crient d’un ton menaçant les seigneurs groupés dans la rue. Ainsi découvert, don Ignace se laisse bravement glisser le long de son échelle, touche terre et appelle : « – Holà ! page, mon épée !…

 

– Don Ignace de Loyola, je suis don Alonzo, frère de dona Carmen, – dit l’un des cavaliers. – Je suis prêt à vous rendre raison ! » répond fièrement le capitaine. – Mais, ventre saint Quenet ! il en allait des duels de don Ignace comme de ses amours : avant la fin de l’un, un autre commençait… Soudain apparaît au balcon l’homme que j’avais vu entrer dans la maison ; bref, le mari de la belle, don Hercule de Lügar ; il tenait une épée sanglante à la main. Il se penche vers la rue et s’écrie : « – Amis, justice est faite de la femme !… il reste à faire justice de son complice… Retenez-le… je descends… »

...

– Au moment où il apprend la mort de son infante, il reçoit son épée des mains de don Alonzo, qui me l’avait enlevée ; don Ignace la pique sur le bout de sa semelle, et sans sourciller fait ployer la lame, pour s’assurer de sa trempe. Voilà comme il était terrifié de la mort de sa maîtresse… Le mari, don Hercule, sort de sa maison, s’approche de mon maître et lui dit : « – Don Ignace de Loyola, je t’ai reçu en ami à mon foyer, tu as suborné ma femme, tu es un félon indigne de toute chevalerie ! » – À cela, beau-frère, savez-vous ce que répond le capitaine Loyola ? ...

 

« – Don Hercule, – répond superbement le capitaine Loyola, – en subornant Carmen, ce n’est pas TA femme que j’ai subornée… c’est UNE femme comme une autre !… Tu m’outrages en m’accusant de félonie ; tu vas payer cher cette insulte… Défends ta vie ! »

 

– Entendez-vous ? Peut-on imaginer plus odieuse subtilité ? – Quelle hypocrite distinction ! Ce débauché a séduit cette infortunée ; mais ce n’est pas l’épouse de son ami qu’il a séduite… c’est la femme, en tant que femme !… Dieu juste ! subtiliser ainsi… au moment où le cadavre de la victime palpite encore !…

...

 

– L’issue du duel ne pouvait être douteuse, – poursuivit le franc-taupin : – le capitaine Loyola passait pour le plus adroit spadassin des Espagnes, il méritait sa renommée. Don Hercule tombe frappé à mort, Alonzo veut venger sa sœur et son beau-frère ; mais ce jeune homme est désarmé d’un tour de main par don Ignace, qui, l’épée haute, lui dit : « – Ta vie m’appartient ; tu m’as outragé en partageant les injurieux soupçons de don Hercule, qui m’accusait d’avoir trahi l’amitié en subornant son épouse… Va en paix, jeune homme, repens-toi de tes mauvaises pensées… je te pardonne !… » – Après quoi, le capitaine Loyola est allé finir sa nuit chez sa gitanilla ; je les entendais (toujours comme le chien du tournebroche) rire, chanter, chafrioler en rigoulant les flacons de vin d’Espagne ; puis nous sommes rentrés à la maison au point du jour. Maintenant, que dites-vous du galant ? Jugez, d’après cette soirée, du nombre de belles que le capitaine Loyola a loyolisées !…

 

Les Mystères du Peuple, Volume X, Eugène Sue.

 

page3-423px-Sue - Les Mystères du peuple, tome 15.djvu

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

fatizo 23/11/2013 18:01


Et si Eugène écrivait aujourd'hui, utiliserait-il le langage des banlieues?


Bon week-end l'ami .

L. HATEM 23/11/2013 20:14



Sûrement ! Il met dans la bouche de certains personnages un langage si fleuri que je suis souvent mort de rire...


Bonne sirée à toi



rosemar 22/11/2013 21:38


Deux mots délicieux dans cet extrait : "chafrioler", "rigouler" : je ne connaissais pas ces termes, décidément, Les Mystères du peuple méritent le détour...


Merci pour ces découvertes LH...

L. HATEM 22/11/2013 21:44



Et moi alors ? Je vais de découvertee en découverte... Cette oeuvre n'a pas d'égal...


Bises du WE 



marie-cerise 22/11/2013 20:03


oups ...j'aurais dû me relire ....." ses dialogues .."

L. HATEM 22/11/2013 21:23



Oh ! J'allais pas faire un article pour t'épingler...


Bises plein



marie-cerise 22/11/2013 20:02


Quelles lectures !!! Sérieusement , tu m'épates ! Moi je me cantonne dans les romans d'aujourd'hui ! En ce moment " Mon divin doudou" de la suédoise Katarina Mazetti dont j'ai déjà lu " Le mec de
la tombe d'à côté" ! J'adore se dialogue ,ses portraits , son humour et bien sûr....sa plume !


  L'hiver est arrivé ici aussi ! Faute de cheminée , je bouquine vautrée sur mon canapé pas loin du radiateur !!! Bises à toi !

L. HATEM 22/11/2013 21:22



Bonnes lectures MC ! Je ne vois pas encore ce que le romans d'aujourd'hui m'apporteraient... je préfère l'histoire...


T'a pas de cheminée!!!


Bises du WE



Flag Counter