Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Nos Pistes Cyclables
  • Nos Pistes Cyclables
  • : A bas les éclats de verre sur les Pistes Cyclables !
  • Contact

Ce Blog

humour-blog

9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 04:06

Le médecin qui s'apprête à donner un cours, hésite à entrer dans l'amphithéâtre où l'on entend le bruit des conversations des étudiants décrite comme "le bruit de la mer"... mais à un moment donné il faut prendre son courage à deux mains et y aller...

Je sais quel est mon sujet, mais j’ignore comment je vais le traiter, par quoi je commencerai et finirai. Je n’ai pas en tête une seule phrase préparée. Mais il me suffit de regarder l’auditoire sur les gradins de l’amphithéâtre et de prononcer la phrase stéréotypée : « La dernière fois, nous nous sommes arrêtés à… » pour que des phrases sortent en longue file de mon âme, –et ça marche. Je parle extrêmement vite, passionnément, et il me semble qu’aucune force ne saurait interrompre le fil de mon discours. Pour bien faire un cours, ne pas ennuyer l’auditoire et l’instruire, il faut avoir, outre le talent, de l’habileté et de l’expérience ; il faut une nette représentation de ses forces, de ceux à qui on parle et de ce qui fait l’objet de votre leçon ; en outre, il faut être astucieux, s’observer d’un œil vigilant et ne pas perdre une seconde l’objet qu’on a en vue.

Un bon chef d’orchestre, traduisant la pensée des compositeurs, fait vingt choses à la fois. Il lit la partition, agite son bâton, suit les chanteurs, fait un signe soit au tambour, soit au cor de chasse, etc. ; moi, de même, quand je fais mon cours. J’ai devant moi cent cinquante êtres différents les uns des autres et trois cents yeux qui me regardent. Mon but est de vaincre cette hydre à têtes multiples. Si j’ai à chaque minute, quand je parle, une représentation nette du degré de son attention et de la force de son entendement, elle est en mon pouvoir.

Un autre obstacle réside en moi : c’est l’infinie diversité des formes, des phénomènes et des lois, et la multitude d’idées étrangères qu’elles conditionnent. Dans cette formidable matière, je dois avoir à chaque minute l’adresse de saisir le principal et le nécessaire, et, aussi vite que je parle, envelopper ma pensée dans une forme appropriée à l’entendement de l’hydre, et qui ranime son attention. Il faut, pour cela, veiller attentivement à ce que les pensées ne s’épanchent pas selon l’ordre de leur accumulation, mais dans un ordre nécessaire à la composition du tableau que je veux dessiner. Je tâche encore que mon discours soit littéraire, ma phrase jolie et le plus simple possible, mes définitions courtes et fines. Je dois me retenir à chaque instant, me borner et me rappeler que je ne dispose que d’une heure et quarante minutes. En un mot, beaucoup de travail. Il faut, tout en même temps, se montrer savant, pédagogue, orateur, et c’est une chose fâcheuse si l’orateur prime le pédagogue ou le savant, ou vice versa.

Au bout d’un quart d’heure, d’une demi-heure, on s’aperçoit que les étudiants commencent à regarder le plafond ou Piôtre Ignâtiévitch. L’un cherche son mouchoir, un autre s’assied plus commodément, un troisième sourit à ses pensées…C’est que l’attention se fatigue. Il faut prendre des mesures en conséquence. Je profite de la première occasion venue et lance un calembour. Les cent cinquante étudiants sourient largement, leurs yeux brillent joyeusement ; le bruit de la mer s’entend une minute…Moi aussi je souris. L’attention s’est rafraîchie, je puis continuer.

Aucun sport, aucune distraction et aucun jeu ne m’ont jamais apporté autant de jouissance que le plaisir de faire un cours. À mes cours seulement, je puis me donner tout à ma passion, et j’ai compris que l’inspiration n’est pas une vaine invention des poètes ; elle existe réellement. Et je pense qu’Hercule, après le plus piquant de ses travaux, ne ressentit pas un anéantissement plus doux que moi après chacun de mes cours. Cela était ainsi jadis.

Anton Pavlovitch Tchekhov. UNE BANALE HISTOIRE - FRAGMENT DES MÉMOIRES D’UN HOMME VIEUX.

L'art de donner un cours... par le docteur Anton Tchekhov !

Partager cet article

Repost 0

commentaires

rosemar 10/09/2015 18:37

Tout un amphi, c'est impressionnant en effet : moi-même je me sens beaucoup plus à l'aise devant une classe de 25 élèves que devant 36 élèves et je suis, alors, plus à même de plaisanter...
Il faut avoir des talents d'acteur tout en ayant la maîtrise de son sujet, et ce n'est pas toujours évident...

Bises, LH

L. Hatem 10/09/2015 19:47

150 étudiants en 1889... t'imagines ?
En tout cas je te souhaite bcp de courage et de plaisir pour cette année scolaire. Bises rosemar.

fatizo 09/09/2015 19:17

On ne mesure pas toujours l

L. Hatem 09/09/2015 22:01

Et tu as raison à 100%... les parents ont 2 à 3 enfants, les enseignants 30 !

fatizo 09/09/2015 19:22

On ne mesure pas toujours la charge de travail des enseignants . Il faut du caractère, de la concentration, du courage bien sur, mais aussi du talent, de la persévérance et de la résistance pour enchaîner les heures face à des assemblées pas toujours prêtes à jouer le jeu .
On aimerait que les parents soient conscients de tout cela, eux qui ont bien du mal parfois avec 2 ou 3 enfants.
Bonne soirée l'ami.

ALEA JACTA EST 09/09/2015 11:14

C' est un texte magnifique qui n' a pas pris une ride.Il faut du talent mais aussi de la technique comme un acteur, ou un chanteur d' opéra...Maintenir l' attention de son auditoire ça s' apprend.Les américains sont très forts pour ça...
Bonne journée l' ami
A Marie-Cerise:
J' ai abandonné le AU REVOIR LA_HAUT de lemaitre.Je m' ennuyais trop, et je souffrais lors de certaines descriptions un peu trop glauques et atroces.L' auteur n' a pas travaillé sur la langue de l' époque et il y a de nombreux anachronisme linguistiques qui gênent la lecture.
Sur ce lien tu verras qu' il y a vraiment des réactins très diverses sur ce bouquin.
http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/37254
A chacun son ressenti donc, mais moi je m' identifie plutôt à ce que dit " Ah c'qu'on s'emmerde ici, 'merd'ici, 'merd'ici, tsoin tsoin!
Par contre, comme je reconnais à Lemaitre un certain talent narratif, j' ai entrepris la lecture de son polar ALEX qui pour l' instant est bien plus passionnant.

L. Hatem 09/09/2015 13:50

T'en sais quelques chose, AJE, c'est bien ton métier....
Salut l'ami

marie-cerise 09/09/2015 12:56

J'ai mis "historiques " au lieu de "linguistiques ....les deux sont valables !!!

marie-cerise 09/09/2015 12:54

Je ne suis pas surprise par ton jugement sur "Au revoir là-haut" car c'est ce que j'avais entendu souvent autour de moi ....comme j'avais entendu l'enthousiasme d'autres ! Personnellement , j'ai du mal à voir les anachronismes car je manque sérieusement de connaissances historiques ...je fonctionne à l'instinct et là c'est vrai que j'ai accroché , prise par l'histoire dans l'histoire . Mais c'est bien vrai que des goûts et des couleurs ....c'est ce qui enrichit les regards ! Je vais chercher " Alex" dés que j'en aurai fini avec Sorj Chalandon "Profession pére " ! Bises

marie-cerise 09/09/2015 08:32

Une amicale pensée pour les profs ! Un temps j'ai pu imaginer cette voie puis mon chemin a pris un parcours cousin ....Ceci dit je continue de trouver magnifique ce métier , passeur de témoins , et je déplore souvent la façon dont son image est dévalorisée , moquée . Dommage que beaucoup profitent de leur incompétence pour déboulonner les statues et salir les images ! Enfin c'est mon regard ....il demeure admiratif !
Bises à toi et à tous !

L. Hatem 09/09/2015 10:13

Merci de les admirer MC... il le méritent pour la plupart!
Bises

Flag Counter